Votre organisation poursuit un objectif de zéro émission nette, ou envisagez-vous de le faire ? Si tel est le cas, il se peut qu’un aspect stratégique fasse encore défaut à votre feuille de route : la prise en compte des solutions de suppression du carbone à haute intégrité. La marge de manœuvre pour agir judicieusement se réduit, et les entreprises qui s’engagent dès maintenant seront mieux placées en termes de coûts, de conformité et de crédibilité.
De la neutralité carbone au « net zéro » : un changement radical
Pendant la majeure partie de la dernière décennie, la neutralité carbone a été considérée comme la référence absolue en matière d’ambition climatique des entreprises. Ce principe reposait sur une logique simple : mesurer ses émissions, réduire celles que l’on peut et compenser le reste à l’aide de crédits carbone. C’était un objectif réalisable, facile à communiquer et largement adopté.
Ce modèle est aujourd’hui soumis à une pression considérable. Des scandales très médiatisés ont mis en lumière des faiblesses structurelles dans la manière dont les crédits de compensation étaient générés, vérifiés et vendus. Les recours judiciaires intentés contre des entreprises se prévalant d’une neutralité carbone ont ajouté un risque en matière de réputation et de responsabilité à ce qui était autrefois considéré comme une stratégie de communication sans risque. Par ailleurs, il est désormais largement admis que la réduction des émissions constitue une priorité pour des raisons de responsabilité, de crédibilité et de maîtrise des coûts. Il est devenu essentiel d’allouer les ressources nécessaires aux mesures de réduction des émissions.
La réponse apportée par les principales organisations s’est traduite par une réorientation délibérée vers des cadres d’action « zéro émission nette ». Un engagement en faveur du « zéro émission nette » intègre une distinction fondamentale par rapport à la « neutralité climatique », ce qui renforce la crédibilité et l’engagement de l’entreprise. La distinction réside dans le rôle de la réduction et de la compensation des émissions. Alors que dans le cadre d’une déclaration de « neutralité climatique », les entreprises pouvaient acheter autant de crédits que nécessaire pour compenser leurs émissions actuelles, dans le cadre de l’« zéro émission nette », elles doivent d’abord s’engager à réduire leurs émissions d’au moins 90 %. Seules les émissions qu’elles n’ont pas réussi à réduire peuvent alors être neutralisées par l’achat de crédits de suppression, mais cela ne peut se faire qu’une fois l’objectif de réduction atteint, et en aucun cas avant. Les entreprises peuvent également affirmer être « sur la voie du « Net Zero » », tandis que l’affirmation d’un statut « Net Zero » ne peut être faite qu’à plus long terme, une fois que les objectifs de réduction sont atteints et que les émissions résiduelles sont neutralisées.
La différence n’est pas d’ordre sémantique. Elle détermine vos priorités en matière d’investissement, votre visibilité en matière de communication et votre crédibilité à long terme.
La réduction d’abord, mais les suppressions arriveront plus tôt que vous ne le pensez
Comme indiqué précédemment, la priorité absolue de toute stratégie crédible visant la neutralité carbone consiste à réduire les émissions de gaz à effet de serre relevant des périmètres 1, 2 et 3. Cela nécessite un suivi des émissions, un plan d’action clair, des engagements en matière d’investissement et des mécanismes de gouvernance. Sans ces fondements, toute stratégie de séquestration est prématurée.
Cela dit, il ne faut pas reporter à 2050 la planification de ces suppressions. Voici pourquoi définir dès aujourd’hui une stratégie d’achat pourrait déjà constituer un avantage concurrentiel :
- Les normes se durcissent plus tôt que prévu, avec un seuil spécifique fixé à 2035. La norme « SBTi Corporate Net-Zero Standard V2.0 », publiée en juin 2026, introduit une exigence obligatoire après 2035 pour les grandes entreprises du monde entier et les entreprises de taille moyenne des pays à revenus élevés : à partir de 2035, elles devront soutenir des projets éligibles de suppression de carbone équivalant à au moins 1 % de leurs émissions totales actuelles de scope 1, 2 et 3, ce pourcentage augmentant de manière linéaire jusqu’à atteindre 100 % d’ici l’année cible de zéro émission nette (au plus tard en 2050). Il s’agit d’une obligation réglementaire formelle, et non d’une recommandation. Elle s’appliquera bien avant 2050, et les préparatifs doivent commencer dès maintenant.
- Les actions menées avant 2035 peuvent être valorisées dans le cadre du programme « Ongoing Emissions Responsibility » (OER) de la SBTi. Les entreprises peuvent dès aujourd’hui assumer volontairement la responsabilité d’une part définie de leurs émissions courantes, selon trois niveaux de reconnaissance, par le biais de résultats vérifiés en matière d’atténuation ou de contributions financières. Ce faisant, elles se positionnent en avance sur le seuil obligatoire de 2035 et affichent leur leadership en matière de lutte contre le changement climatique.
UE : à mesure que le contexte et les technologies évoluent, les crédits de réduction crédibles deviennent progressivement plus accessibles.
Le cadre européen de certification de la suppression du carbone (CRCF) est en train de redéfinir le marché européen. Adopté en 2024, le CRCF met en place un mécanisme de certification normalisé pour la suppression du carbone, couvrant à la fois les méthodes terrestres (sylviculture, carbone du sol, biochar) et les méthodes technologiques (captage direct de l’air, altération renforcée). Son objectif est d’améliorer la qualité, de réduire le risque de « greenwashing » et d’orienter la demande vers des projets vérifiés et d’une grande intégrité. Pour les entreprises européennes, cela constitue à la fois un gage de conformité et une opportunité d’approvisionnement.
La courbe des coûts liés aux techniques de capture (en particulier la capture directe dans l’air) devrait baisser considérablement au cours de la prochaine décennie, bien que les estimations fiables varient considérablement. Conclure des accords d’approvisionnement avant que la pression de la demande ne s’intensifie peut garantir l’accès à des crédits de qualité et constituer un avantage financier significatif.

À quoi ressemble une stratégie de suppression efficace ?
S’engager dans la réduction des émissions de carbone ne se résume pas à un simple exercice d’approvisionnement. Il s’agit d’une décision stratégique ayant des implications à long terme en matière de coûts, de conformité et de réputation d’entreprise. Les entreprises les mieux placées pour 2035 et au-delà sont celles qui prennent dès aujourd’hui quatre mesures :
- Quantifier leur trajectoire d’émissions résiduelles. Comprendre quelles émissions subsisteront après toutes les réductions réalisables, et à quelle date, constitue la base permettant de définir un portefeuille de mesures de suppression crédible et d’anticiper l’ampleur des obligations après 2035.
- Évaluation de la qualité à tous les niveaux du processus de suppression du carbone, y compris la durabilité. Toutes les suppressions de carbone ne se valent pas. La permanence, l’additionnalité, les avantages connexes, la rigueur du suivi et la conformité aux cadres de certification (CRCF, critères d’intégrité du SBTi) déterminent tous la validité à long terme des crédits détenus. La distinction entre les absorptions à courte durée de vie et celles à longue durée de vie relève de plus en plus d’une exigence réglementaire, et non plus seulement d’une préférence en matière de qualité.
- Évaluation de l’intégrité des projets générant des suppressions de carbone. Un même type de suppression de carbone peut provenir de différents projets à travers le monde. En menant une diligence raisonnable approfondie, les entreprises peuvent s’assurer que les crédits qu’elles achètent ne causent pas de préjudice significatif et soutiennent les communautés locales. Il existe des outils open source destinés à aider les entreprises à évaluer les risques liés à l’intégrité de certains projets ( L’initiative « Carbon Credit Quality » – Notes)
- Constituer un portefeuille diversifié offrant une visibilité à long terme. La conclusion d’accords d’achat anticipés, de contrats d’engagement d’achat ou de partenariats directs dans le cadre de projets permet aux entreprises de s’assurer un approvisionnement à des prix compétitifs et d’acquérir un savoir-faire institutionnel avant que les échéances réglementaires ne provoquent des pics de demande susceptibles de faire grimper les coûts.
La diversification du portefeuille permet de faire face à diverses fluctuations de prix», la maturité et la disponibilité des différentes solutions. Un portefeuille de services de déménagement bien conçu combine de courte durée (fondées sur la nature) éliminations (coût réduit, disponibilité à court terme, risques liés à la pérennité), les approches hybrides (biochar, BECCS) et les(technologiques) à long terme (offre limitée, technologie moins aboutie, coût plus élevé, permanence plus importante, rentabilité en amélioration). Selon la norme « Corporate Net-Zero » V2.0 de la SBTi, la composition du portefeuille ne relève pas uniquement d’un choix stratégique : à partir de 2035, une part minimale de puits à longue durée de vie est requis pour les émissions de GES à longue durée de vie (10 %), ce pourcentage atteignant 100 % l’année où la neutralité carbone sera atteinte. Se familiariser dès à présent avec l’ensemble des options permet d’éviter de se retrouver prisonnier d’une approche unique lorsque les contraintes réglementaires réduiront le champ des possibilités.

Comment Climact peut vous aider
Climact est un cabinet de conseil indépendant spécialisé dans le climat, qui accompagne les organisations dans l’élaboration de stratégies « zéro émission nette », depuis la comptabilisation des émissions et la définition d’objectifs jusqu’aux feuilles de route de décarbonisation et aux stratégies de suppression du carbone.
Climact n’intervient ni dans le développement, ni dans l’achat, ni dans la vente de crédits carbone ; l’entreprise s’attache à jouer un rôle indépendant afin de garantir la neutralité de son activité de conseil et de ses recommandations.
En ce qui concerne plus particulièrement la question de la suppression du carbone, nous collaborons avec des entreprises afin de :
- Définissez la limite d’émissions résiduelles qui nécessitera des mesures de compensation, en vous appuyant sur le potentiel de décarbonisation de votre secteur et en vous alignant sur la norme « Corporate Net-Zero Standard V2.0 » de la SBTi ou sur des cadres équivalents, y compris l’objectif obligatoire pour l’après-2035.
- Évaluez les risques et les opportunités liés à une approche conforme aux OER concernant les émissions courantes avant 2035. Le cas échéant, nous vous aidons à structurer votre approche OER, afin que votre entreprise devance le seuil obligatoire et soit éligible à la reconnaissance par le SBTi.
- Évaluez les options de réduction des émissions en fonction de critères de qualité et de durabilité, en distinguant les réductions à court terme de celles à long terme, ainsi que des normes de certification (conformité aux exigences du CRCF, critères d’intégrité du SBTi), des avantages connexes et du risque de réputation.
- Élaborez une stratégie de portefeuille diversifiée dont le calendrier s’aligne sur les échéances réglementaires et sur votre cycle d’investissement interne, en prévoyant notamment des achats à terme afin de fixer les coûts avant que la pression de la demande ne s’intensifie.
- Traduire la complexité technique en un langage adapté au conseil d’administration et de communication publique , en veillant à ce que vos déclarations soient défendables, conformes aux règles comptables de la norme « Corporate Net-Zero Standard V2.0 » de la SBTi, et crédibles aux yeux des parties prenantes externes.

Remarque concernant la norme « Corporate Net-Zero » V2.0 du SBTi et l’exigence relative à l’après-2035
Publiée en juin 2026, la norme « Corporate Net-Zero Standard V2.0 » de la SBTi regroupe et remplace à la fois les critères à court terme de la SBTi et la première version de la norme « Corporate Net-Zero Standard ». Cette norme établit une distinction entre les entreprises de catégorie A (les grandes entreprises à l’échelle mondiale et les entreprises de taille moyenne situées dans les pays à revenus élevés) et celles de catégorie B (les petites entreprises et les entreprises de taille moyenne situées dans les pays à faibles revenus). Les entreprises de catégorie A sont soumises aux exigences les plus strictes.
En matière de suppression du carbone, la norme introduit deux séries de dispositions : (1) le programme facultatif de reconnaissance de la « responsabilité relative aux émissions courantes » (OER), déjà en vigueur, qui permet aux entreprises d’assumer volontairement la responsabilité d’une part définie de leurs émissions courantes par le biais de résultats vérifiés en matière d’atténuation et d’autres actions climatiques ; et (2) une exigence obligatoire après 2035 pour les entreprises de catégorie A, qui devront soutenir des éliminations de carbone éligibles équivalentes à au moins 1 % du total de leurs émissions courantes à partir de 2035, ce pourcentage augmentant de manière linéaire jusqu’à atteindre 100 % l’année cible de la neutralité carbone. Une exigence de durabilité mise en place progressivement s’applique : à partir de 2035, au moins 10 % des émissions de GES à longue durée de vie couvertes devront être neutralisées par des absorptions à longue durée de vie, ce pourcentage passant à 100 % l’année de l’objectif de zéro émission nette.
Note concernant le cadre de certification de l’UE en matière de suppression du carbone (CRCF)
Le CRCF, entré en vigueur en 2024, est le premier cadre européen dédié à la certification des activités de suppression du carbone. Il distingue trois catégories : le stockage permanent (stockage géologique ou dans des produits durables), l’agriculture carbone (suppression biologique liée aux sols) et le stockage du carbone dans des produits durables. La certification est délivrée par des organismes indépendants et doit répondre à quatre critères de qualité fondamentaux : la quantification, l’additionnalité, le stockage à long terme et la durabilité. Pour les entreprises européennes qui élaborent des stratégies de neutralité carbone, le CRCF fournit une base permettant de se procurer des crédits qui résisteront à l’examen minutieux des autorités réglementaires et des parties prenantes, ce qui constitue un facteur de différenciation important par rapport au marché volontaire au sens large.
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