Le débat sur la transition énergétique aborde rarement la question de l’alimentation. Pourtant, selon le rapport «Fuel to Fork» (2025) de l’IPES Food, les systèmes alimentaires consomment au moins 15 % de la consommation mondiale de combustibles fossiles. 40 % de l’ensemble des produits pétrochimiques mondiaux sont consommés par les systèmes alimentaires, principalement sous forme d’engrais azotés synthétiques, dérivés de combustibles fossiles dans 99 % des cas. Il en résulte un mécanisme de transmission direct entre les marchés du pétrole et du gaz et les prix des denrées alimentaires : lorsque les prix des combustibles fossiles flambent, ceux des engrais suivent la même tendance, les récoltes diminuent et l’inflation alimentaire s’installe. La crise ukrainienne de 2022 a mis ce phénomène en évidence à grande échelle, provoquant des hausses brutales des prix de l’énergie, des engrais et des denrées alimentaires dans le monde entier.
Un exemple géopolitique concret
Jusqu’à 30 % du commerce mondial d’engrais transite par le détroit d’Ormuz (Forbes, 2026). Il n’existe aucune réserve stratégique d’engrais azotés. Les tensions actuelles dans le Golfe démontrent, en temps réel, à quel point la concentration géographique des chaînes d’approvisionnement expose les systèmes alimentaires à des chocs de prix, avec une capacité d’ajustement à court terme limitée. (IPES Food)
En Belgique : un secteur déjà sous pression
Une note collective publiée en mars 2026 par Regenacterre, la FWA et la SYTRA met en évidence les fragilités structurelles de l’agriculture wallonne : 77 % des agriculteurs sont confrontés à un déséquilibre entre contraintes et revenus, le revenu agricole moyen étant inférieur d’environ 30 % à celui des autres travailleurs de la région. Cette vulnérabilité est étroitement liée à un modèle reposant sur des intrants à forte intensité énergétique, en particulier les engrais synthétiques dont les coûts sont directement liés aux marchés du gaz.
Le contexte géopolitique actuel ne se contente pas d’augmenter les coûts, il oblige également les agriculteurs à prendre des décisions difficiles pour l’avenir. Beaucoup doivent d’ores et déjà s’approvisionner en intrants pour les prochaines saisons de plantation dans un contexte de forte volatilité des prix. Pour 2027, cela implique de s’engager à acheter des engrais à des prix élevés avec des marges de manœuvre financières limitées, ce qui affecte directement la rentabilité future et, dans certains cas, la viabilité des exploitations. Les petites exploitations sont particulièrement exposées : celles qui ne sont pas en mesure d’absorber ou d’anticiper ces coûts risquent de devoir réduire les doses d’application, de voir leurs rendements diminuer ou de prendre des risques financiers importants pour maintenir leur production.
La question ne porte donc pas uniquement sur la répercussion des prix sur les consommateurs, mais aussi sur la question de savoir qui supporte le risque en amont au sein du système alimentaire, et si les agriculteurs ont la capacité de le gérer.
Des pistes pour renforcer la résilience
La réduction de la dépendance vis-à-vis des intrants importés à forte intensité énergétique constitue un levier essentiel. Cela comprend notamment :
- généraliser les pratiques agronomiques préventives (rotation des cultures, diversification, gestion des sols) afin de réduire la dépendance vis-à-vis des intrants d’origine fossile ;
- la réduction de la production et de la consommation de protéines animales permet de s’attaquer directement à la dépendance vis-à-vis des importations de soja : le secteur de l’élevage belge consomme 700 000 tonnes de tourteau de soja par an, alors que les légumineuses, qui fixent l’azote atmosphérique, constituent une alternative nécessitant moins d’intrants ;
- reconstruire des chaînes d’approvisionnement courtes, comme en témoigne l’initiative wallonne « Pôle Circuit Court », afin de créer une résilience structurelle au niveau local.
La résilience du système alimentaire et la transition énergétique ne constituent pas deux programmes distincts. Les outils permettant de réduire l’exposition aux risques existent ; le défi consiste à harmoniser les politiques, les investissements et les chaînes de valeur afin de les rendre accessibles et viables pour les agriculteurs à grande échelle.
Chez Climact, nous vous donnons les moyens d’agir face au changement climatique, en travaillant sur des thèmes transversaux tels que les systèmes alimentaires, la transition énergétique et les politiques durables. N’hésitez pas à contacter nos experts.

Dernières news & publications
-
News
Comprendre et gérer l’exposition à l’énergie et au carbone dans un contexte industriel
-
Legal & Regulatory Advisory
La directive « Empowering Consumers for the Green Transition » : une nouvelle ère pour les allégations de durabilité dans l’UE
-
News
Tessenderlo Group : transformer les rapports ESG en décisions stratégiques